En mars dernier, nous rencontrions Günter Pichler et son épouse Elfi Baumgartner à Paris, alors qu’ils devaient être les invités d’honneur de cette quatrième édition des Rencontres. Le 24 avril, ce grand musicien, premier violon du Quatuor Alban Berg, nous quittait brusquement. Cette 4e édition des RENCONTRES MUSICALES DE LA BAULE & DU PAYS BLANC 2026 lui est dédiée.

Le thème de cette 4ème édition des RMLB « Vienne et l’Age d’or de la Musique de chambre » font que cette invitation s’imposait d’elle-même. L’évocation de Günter Pichler, premier violon du Quatuor Alban Berg donne une résonance singulière à notre festival. Elle illustre le sens et la signification que nous souhaitons donner à cette manifestation.
Les débuts professionnels de Günter Pichler (1940 Kufstein, Tyrol – 2026 Vienne ) à l’issue de ses études auprès de Franz Samohil à l’Université de Vienne sont brillants et des plus traditionnels. Nommé Konzertmeister de l’Orchestre Symphonique de Vienne à 18 ans, il est remarqué par Herbert von Karajan, qui le recrutera au même poste dans la Philharmonie, fonction qu’il Il conservera pendant deux ans.
Une Tradition viennoise de l’Orchestre Philharmonique de Vienne veut que les premiers pupitres fondent un quatuor au sein de la phalange à l’image des frères Hellmesberger, jusqu’à Arnold Rosé (1883-1938). Günther Pichler envisage de créer un ensemble avec trois collègues de la Philharmonie, mais à plein temps et indépendamment de l’orchestre. Sa rencontre avec Walter Levin, 1er violoniste du Quatuor Lasalle, en tournée à Vienne, sera décisive pour la suite de sa carrière.
Les musiciens obtiennent une bourse du gouvernement autrichien pour une résidence d’un an à Cincinnati aux États-Unis, afin de se perfectionner dans leur travail de quatuor et se familiariser avec la pratique des œuvres du XXème siècle. À leur retour en Europe, ils demandent à la veuve d’Alban Berg, Hélène Berg, s’ils peuvent prendre le nom d’Alban Berg pour leur formation, manifestant ainsi leur investissement pour, entre autres, la musique de la seconde école de Vienne : Berg, Schönberg, Webern…
En effet, si la scène musicale – et la discographie – dans le domaine du quatuor à cordes a eté dominée en Europe depuis les années cinquante par le Quatuor Amadeus, puis par le Quatuor Alban Berg, le renouveau en France de text cette pratique est redevable en grande partie à Günter Pichler. C’est peu dire que de parler de « transmission » lorsqu’il est question de ce Grand Maître qui a formé une part importante des grandes formations de quatuors que nous connaissons aujourd’hui en France. Les premiers pupitres de cordes de nos grands orchestres ont reçu son enseignement dans le cadre des classes des Maitre instituées dans les premières décennies de l’association ProQuartet (de 1987 à 2014).
C’est le cas, pour ne prendre que l’exemple des ensembles et des musiciens invités des Rencontres à la Baule, les Danel , van Kujk (2023) Belcea (2024) et enfin des Maîtres «seniors» de notre Académie, parmi lesquels les membres du Quatuor Strada: Ayako Tanaka (Quatuor Psophos, 1er violon de l’orchestre de Lille), Guillaume Becker (altiste du Quatuor Voce) et bien d’autres..
Il y a 40 ans, lors de l’organisation de « La semaine internationale du Quatuor à cordes » à la Salle Favart à Paris, j’ai été témoin et acteur d’un événement marquant. Pour la première édition de cette manifestation – probablement la première du genre en France – consacrée au quatuor à cordes, nous avions souhaité fêter le 40ème anniversaire d’une formation devenue mythique : le Quatuor Amadeus.
Fait exceptionnel, voire unique : les quatre membres étaient demeuré les mêmes depuis sa création en 1947 à Londres. La semaine précédant le concert anniversaire, nous avions regroupé autour de chaque membre de l’ensemble des jeunes formations qui recevaient leur première masterclass de Quatuor.
La nouvelle du décès de Peter Schidlof, l’altiste du Quatuor, tombe le 15 aout 1987. Joint au téléphone, Norbert Brainin m’a déclaré : « -C’est le jour le plus triste de ma vie, notre beau projet n’a plus de raison d’être» à ma réplique que nous allions trouver quelque chose, il me répondit « ce que vous me dites me réchauffe le coeur .. ». Je me suis retourné immédiatement vers Günter Pichler, en lui disant que seul le quatuor Alban Berg pouvait rendre un Hommage au Quatuor Amadeus.
Sachant que trois des musiciens sur quatre du Quatuor Amadeus étaient Viennois, qu’ils ont fui l’Autriche pour trouver refuge en Grande-Bretagne en 1940 que leur famille n’a pas survécu à la Guerre, et que, si les musiciens se sont produits en tournée dans le monde entier, ils ne sont jamais revenus dans leur pays d’origine. L’improbable s’est réalisé en quelques semaines : le Concert Hommage se déroula le jour prévu autour du second sextuor à cordes de Brahms devant une salle ébahie.
Un symbole fort se dégageait de cette soirée: il y eut une rencontre au sommet, une cooptation entre deux formations exemplaires qui ont porté les grands chefs d’œuvre du répertoire à leur plus haut degré d’expression, et un passage de témoin, un geste qui n’avait rien d’anodin, lorsqu’il est question d’évoquer l’histoire des institutions musicales à Vienne depuis les années 30, jusqu’aux années 90. Le symbole prend tout son sens lorsque , trois ans après le concert de la Salle Favart à Paris, les Trois musiciens de l’ensemble Amadeus sont invités à leur tour, par le Quatuor Alban Berg à jouer ensemble l’autre sextuor de Brahms au Wiener Konzerthaus, à Vienne .
Cet événement fut le véritable «déclencheur» du renouveau de la pratique du Quatuor à Cordes en France.Günter Pichler a été l’un des premiers Maîtres – avec son propore Maître Walter Levin – à animer une generation entière d’ensembles qui se sont distingués dans les concours internationaux. Un nouveau public est né de manière durable en France pour la musique de Chambre. Georges Zeisel




