PRÉSENTATION

Vienne 1799-1899
L’Âge d’Or de la musique de chambre


Deux dates de « Fin de Siècle » encadrent symboliquement la thématique des prochaines Rencontres Musicales de La Baule. Elles font écho à deux œuvres réunies au programme du concert du Jeune Quatuor AREV, prévu le 16 juillet en l’église Saint-Guénolé de Batz.
Composées chacune à un siècle de distance, elles encadrent la période et le lieu où ont vécu les compositeurs à l’honneur dans cette nouvelle édition de notre festival.
Elles revêtent un caractère emblématique et en justifient la thématique. Ces pages captent chacune à leur façon, les tensions esthétiques de leur temps, au contact des grands courants de pensée qui traversent l’Europe. Elles résument l’esprit de la programmation de ces 4èmes Rencontres et en dévoilent la cohérence.
1799 : l’année où le compositeur proclame dans son oratorio La Création l’apogée du Siècle des Lumières, “l’Aufklärung”.¹ Joseph Haydn compose le Quatuor en sol majeur, opus 77 n°1, son ultime contribution au quatuor à cordes. Le genre musical que le compositeur, architecte de la forme sonate et du style classique, a porté à un niveau de modèle ultime aux compositeurs de son temps – tel Mozart qui dédiera « à son ami très cher » six de ses propres quatuors. Son exemple devait enrichir le développement de toute la musique de chambre en Europe dans le siècle qui suivra et suscitera ses plus grands chefs-d’œuvre. Ainsi, les compositeurs viennois qui lui ont succédé — Beethoven, Schubert ou Brahms — nous ont légué en héritage les pages les plus inspirées de ce répertoire. À tel point que Beethoven, élève de Haydn mais compositeur pleinement reconnu en cette fin du XVIIIe siècle – qui avait « reçu le génie de Mozart des mains de Haydn »² – aura attendu que son maître ait fini de composer, avant de publier son premier recueil : les six quatuors de l’opus 18, joués puis édités en 1800. Plus tard, l’ensemble de ses 17 quatuors deviendra « le symbole de la pensée et de l’expression musicales portées au sommet de leur puissance et de leur concentration » (Pierre Boulez 1989).
1899 : la seconde œuvre de ce programme nous propose un sextuor à cordes, composé durant l’été 1899 par un génial compositeur de 24 ans, Arnold Schoenberg : La Nuit transfigurée. Le climat lyrique crépusculaire de l’œuvre traduit la richesse émotionnelle du romantisme finissant en même temps qu’il annonce la modernité du siècle à venir.
Dans cet esprit, la programmation proposée par les musiciens de ces 4èmes Rencontres Musicales de La Baule nous conduit dans un parcours musical à la découverte de chefs-d’œuvre et d’étapes cardinales de la création musicale depuis le Siècle des Lumières jusqu’aux prémices de la modernité du XXe siècle. Nous y retrouverons les grands maîtres viennois Beethoven, Schubert, Brahms, Schoenberg, Mahler ou Richard Strauss, mais également : Mendelssohn, Schumann, Debussy, Ravel, Saint-Saëns, Bartók ou Krystof Maratka.
Parmi les temps forts viennois, deux soirées de « Schubertiades » nous permettront d’ouvrir ces Rencontres à la voix, grâce à la merveilleuse Coline Dutilleul et au Chœur de l’Opéra d’Angers-Nantes. Le troisième événement musical des Rencontres nous permet d’annoncer une nouvelle collaboration avec l’hôtel Barrière l’Hermitage, et la première pierre d’une intégrale des quatuors de Beethoven,par le quatuor Strada, composé des maîtres encadrants de l’académie (Pierre Fouchenneret, Ayako Tanaka, Lise Berthaud et François Salque). Ce cycle de déroulera sur plusieurs week-ends jusqu’au dernier concert marquant les célébrations du bicentenaire de la disparition de Beethoven le 26 mars 2027.
Selon la formule initiée par François Salque, directeur de l’académie, musiciens « juniors » et « seniors » se joindront tout le long des neuf concerts des Rencontres pour nous faire découvrir la beauté et la profondeur des chefs-d’œuvre de ce répertoire. Nous découvrirons également l’élite des étoiles montantes de la nouvelle génération des jeunes musiciens français, dont certains nous reviennent auréolés de prestigieuses distinctions : la violoniste Iris Scialom (nomée Victoire de la Musique 2025), Laure Cholet (Révélation Classique Adami 2026), Alexandra Bidi, merveilleuse première harpiste de l’Orchestre de Paris, l’incroyable Lorraine Campet (Révélation soliste instrumental des Victoires de la musique classique 2025), ou les clarinettiste et pianiste Yann et David Maratka.
Je tiens à remercier la municipalité de La Baule et son maire Franck Louvrier, initiateur de cette manifestation, ainsi que la fidélité de nos partenaires de la Fondation Engie et de la Banque populaire Grand Ouest. Nous nous réjouissons d’un nouveau partenariat avec le groupe Barrière. Enfin, nous saluons l’engagement de l’exceptionnelle pléiade de musicien(ne)s et de talents réuni(e)s par François Salque. Ma reconnaissance revient également à l’équipe organisatrice du festival, ainsi qu’à l’ensemble des amis et bénévoles qui se joignent à nous.

Georges Zeisel,
Directeur des Rencontres Musicales de La Baule et du Pays Blanc


¹Joseph Haydn signe en 1799 un oratorio : Die Schöpfung (La Création), une œuvre qui marquera magistralement le tournant du XIXe siècle. L’introduction orchestrale, qui décrit dans des tonalités incertaines le chaos de la Création, donne la parole au chœur, qui énoncera dans un pianissimo hésitant les paroles bibliques :
– Und Gott sagt… es werde Licht (et Dieu dit : « Que la lumière soit… ».
Pour qu’éclate, au son d’un fortissimo tutti en ut majeur, la proclamation de tout l’orchestre :

– … und es ward LICHT ! (… et la Lumière fut !).
L’oratorio sera représenté avec un énorme succès dans toutes les capitales européennes dès le début du XIXe siècle. L’auteur du quatuor « l’Empereur » couronnera ainsi musicalement et symboliquement le Siècle des Lumières et en consacrera l’apogée.
² « Le génie de Mozart est encore en deuil et pleure la mort de son disciple. (…) Par une application incessante, recevez des mains de Haydn l’esprit de Mozart », prophétise le comte Waldstein au jeune Beethoven qui arrive à Vienne pour se perfectionner auprès de Mozart en février 1792.